Manuel ORTÍZ de ZÁRATE : le compagnon de Montparnasse

Résumé :
Né en 1886 à Côme et mort en 1946 à Los Angeles, Manuel Ortiz de Zárate est un peintre chilien, figure de la bohème de Montparnasse et proche de Pablo Picasso. Entre 1918 et 1944, il adresse à ce dernier quatorze courriers témoignant d’une relation de complicité artistique et amicale, nourrie par les avant-gardes parisiennes. Acteur du cubisme et passeur essentiel entre l’Europe et l’Amérique latine, il joue un rôle majeur dans l’introduction de l’avant-garde au Chili avant de quitter la France pour les États-Unis à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Manuel Ortiz de Zarate

Origines et contact avec Picasso

Né en 1886 à Côme, en Italie, Zarate est issu d’une famille d’artistes. Le père, Eleodoro Ortiz de Zárate, était compositeur tandis que le frère, Julio, était également peintre. La famille retourne au Chili alors que Manuel Ortiz de Zárate est âgé de quatre ans. Là-bas, il débute sa formation artistique auprès de Pedro Lira, puis à l’École des Beaux-Arts de Santiago.

Animé d’un esprit aventureux, il embarque clandestinement à l’âge de quinze ans pour revenir en Europe. Il s’installe d’abord à Rome, où il étudie à l’Académie des Beaux-Arts et gagne sa vie comme copiste de maîtres anciens, tout en réalisant plusieurs séjours à Paris. En 1904, à Venise, il rencontre Amedeo Modigliani : celui-ci lui conseille vivement de rejoindre Paris.

Avec sa compagne, la peintre polonaise Edwige Piechowska, il s’installe définitivement à Montparnasse en 1906. Là, Ortiz de Zárate devient une figure reconnue de la bohème artistique de la Ruche, où il côtoie Modigliani, Juan Gris, Derain, Foujita, et surtout Picasso, dont il devient proche. On le surnomme alors « l’unique Patagon de Paris ».

 

La relation avec Picasso

De 1918 à 1944, Ortiz de Zárate entretient une véritable complicité avec Picasso, tant humaine qu’artistique. Il l’accompagne dans plusieurs événements clés de la vie culturelle parisienne, comme le banquet de 1917 en l’honneur de Braque, et partage avec lui des repas à La Rotonde, haut lieu des artistes de Montparnasse. Un dessin de cette époque représente le visage perçant de Picasso et témoigne de cette proximité. Leur relation illustre la porosité des influences au sein de l’avant-garde, Ortiz de Zárate aurait même été un assistant ponctuel de Picasso en 1916. 

 

À la croisée des avant-gardes

Actif au sein du courant cubiste - il participe régulièrement aux Salons parisiens, notamment au Salon d’Automne et à divers salons indépendants -  Ortiz de Zárate développe une expression artistique personnelle tout en jouant un rôle essentiel de passeur entre l’Europe et l’Amérique latine.
En 1923, il fonde à Santiago du Chili, aux côtés de son frère Julio et de Luis Vargas Rosas, le “Groupe Montparnasse”, qui introduit pour la première fois dans le pays les courants d'avant-garde européens.

Ce collectif marque une rupture majeure dans l’histoire de l’art chilien. S’y joignent également José Perotti et Henriette Petit, tous récemment revenus de France. Inspirés par les innovations de l’époque, ils remettent en question l’académisme dominant, rejettent le figuratif, valorisent la subjectivité et explorent de nouvelles techniques picturales.

 

L’héritage d’une correspondance 

Tout au long de leur vie, Ortiz de Zárate et Picasso ont entretenu une correspondance discrète mais riche de complicité. Les lettres et cartes postales, parfois accompagnées de croquis ou de notes dessinées, révèlent une relation faite de respect mutuel, de proximité artistique et de cette amitié silencieuse propre aux compagnons de création. Les lettres et cartes postales d’Ortiz de Zárate mêlent recommandations, souvenirs partagés, mots tendres, dessins, et pensées adressées à la famille de Picasso.

Dans l’une de ses dernières lettres, celle du 14 novembre 1944, Ortiz de Zárate adresse à Picasso un message sobre et grave : il l’invite aux obsèques de son épouse Edwige, au cimetière de Bagneux, le vendredi 17 novembre. Cette annonce, simple et sans emphase, marque la fin d’un chapitre intime de leur longue amitié.

En 1945, Ortiz de Zárate quitte la France pour les États-Unis, où il meurt l’année suivante à Los Angeles. Peu avant son départ, le 21 janvier 1944, il tente de rendre visite à Picasso, accompagné de son secrétaire, sans succès. Il mentionne également un peintre engagé, fondateur du syndicalisme des Arts en 1937, chargé de lui remettre une liste des artistes embarquant sur un prochain bateau. S’agissait-il d’une proposition d’exil artistique, ou d’une tentative d’organisation permettant à certains artistes de fuir la guerre et ses conséquences en Europe? 
 

 

Fatiha Idmhand

4C20610.jpg
Crédits
Domaine public
Mathieu Rabeau/Etablissement public de la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais des Champs-Elysées

Manuel Ortiz de Zárate
Portrait de Picasso
[1920 - 1925]
Huile sur bois
41 x 32,7 cm
Inscription au dos au crayon bleu : retrato de Picasso por Ortiz de Zarate
Dation Pablo Picasso, 1979
MP3606 (voir la notice complète)